Baguettes et sac à dos à Taiwan: part 4

 

 

 

 

Après notre escale à Jiufen, nous voici en route pour Keelung, une ville portuaire réputée pour son marché de nuit. Je ne savais pas ce qui m’attendait, je pensais tout naïvement qu’on allait acheter deux ou trois brochettes avant de rentrer. Grave erreur. C’est cette nuit-là que j’ai du me greffer en urgence un second estomac pour survivre à ce festin. Ou plutôt cette orgie.

 

Commençons par cette friandise à base de … boudin! Eh oui, ne vous fiez pas aux apparence, il ne s’agit pas d’un esquimau au chocolat mais de 豬血糕 (comme ça se prononce), un pavé à base de boudin mélangé à du riz gluant. Il est cuit à la vapeur puis enrobé de sauce sucrée (type sauce bulldog) et parsemé de poudre de cacahuètes et de coriandre fraîche ciselée. Planté d’un pic en bambou, cette spécialité taïwanaise se déguste sur le pouce et fait partie de mes vrais coups de coeur. 

 

La dame à gauche retourne des brioches grillées et à droite il s’agit de brochette de tomate-cerise, trempée dans du caramel et grignotée comme un dessert. Je n’ai goûté ni à l’une ni à l’autre, c’était juste par curiosité.

 

Pour oublier 5 minutes l’humidité tropicale, nous nous désaltérons avec un grand verre bien glacé d’Ai yu bing, dont je vous avais déjà parlé. Il s’agit d’une boisson à base de gelée de fruit, obtenue en frottant les pépins d’une figue locale. C’est acidulé et rafraîchissant, on dirait une citronnade avec une saveur de mangue verte.

 

Rappelons-nous que Taïwan est une île, par conséquent il y a beaucoup de fruits de mer au menu, pour mon plus grand bonheur: grillés, frits, bouillis, sautés, en beignet, séchés, fermentés… Ici je me suis fait plaisir avec une brochette de calamar, saisi sur la braise puis trempé dans une sauce barbecue. Pour plus de commodité, le marchand enlève le pic et découpe la bestiole avec des ciseaux. Il n’y a plus qu’à picorer, sans en mettre partout.

 

Des corndogs, ou brochettes de saucisses enrobées de pâte à beignet croustillant. Ensuite chacun choisit sa sauce (sucrée, piquante ou aux cacahuètes) puis le saupoudre de graines de sésame. Je n’y ai pas goûté, j’avais peur que ce soit trop bourratif (en même temps, j’étais plus à ça près).

 

Des patates douces frites et enduites de caramel épicé. Une vraie gourmandise qui me rappelle mes pommes de terre au tamarin. Ca se laisse manger sans faim ! C’est le diable dans une barquette!

 

Cette soupe de crabe au bambou était fabuleuse. Avec du vrai crabe décortiqué par une dame au comptoir, je veux dire de vrais morceaux intacts et pas tout déchiquetés en miettes. Le bouillon était parfumé au gingembre et à la coriandre tout en restant léger, et la fine julienne de bambou était encore croquante sous la dent. Mon autre coup de coeur de la soirée.

 

Une montagne de vermicelles transparents aux légumes, maintenues au chaud grâce à un bain-marie. J’ai bien aimé, ça m’a rappelé le bami calédonien. Si l’on consomme sur place, on à droit à une assiette et des baguettes, si c’est pour emporter, la dame transvase le tout dans un sachet en plastique (comme sur la photo), comme pour la plupart des plats que l’on mange en marchant.

 

Encore des fruits de mer en veux-tu en voilà, pour une bouchée de pain… Quand je pense au prix des plateaux de fruits de mer en France, je m’étrangle !

De la poitrine de porc marinée puis grillée. Le marchand les découpe directement sur la plaque avant de les arroser de sauce au choix. Ensuite il n’y a plus qu’à becqueter tout en continuant sa promenade. Je vous avais dit que j’adorais la street-food?

 

Des chaussons farcis aux huîtres et aux poireaux, façonnés comme des bourses (ou des têtes de méduses, c’est selon). Malheureusement je n’ai pas eu le temps d’y goûter, ça me tentait bien!

 

Le plat que j’ai le moins aimé, voire détesté: une soupe d’anguille. Les morceaux étaient frits dans une pâte puis immergés dans un bouillon gras (gras rendu par la friture j’imagine). Le pire c’est que c’était blindé de fines arêtes, qu’il fallait recracher sur un bout de papier. Donc ni bon, ni agréable à manger. En plus j’ai toujours eu une appréhension envers les anguilles, BRRR !

 

Des takoyaki, les fameuses boulettes japonaises fourrées au poulpe. Il y avait aussi des variantes aux crevettes et à la pâte de poisson.

 

Des crabes frits. Ils enlèvent la carapace dure, puis les roulent dans de la fécule avant de les jeter dans la friture. Ils sont petits, et tout se mange: on les arrose de sauce et on les croque sans ménagement. Il ne fait pas bon être un crabe à Taïwan.

 

Je trouvais que ces crabes-là ressemblaient à des têtes de koala, vous trouvez pas? (mon dieu regardez-moi la taille des pattes de crabe des neiges au fond)

A gauche, un morceau de crabe croustillant à l’ail et à la coriandre (très bon), et à droite une drôle d’invention qui m’a laissée perplexe: un sandwich composé d’un pain au lait entièrement frit puis fourré à la mayonnaise, tranches de spam, d’oeuf dur (visiblement coloré au thé) et de tomate. Un chouïa gras…

 

Ca se voit que je suis contente d’être là malgré mon ventre qui commence à exploser?

 

J’ai gardé le meilleur pour la fin 🙂 Des intestins de porc bouillis et présenté avec une sauce piquante et moult gingembre frais. Il paraît que c’est bon pour la santé. J’ai été un peu déçue par la fadeur de ces abats, heureusement qu’il y avait cet assaisonnement pour relever le tout.

 

Ca y est, mon estomac (et tout le reste de mon organisme) capitule. Je n’ai même plus de place pour ne serait-ce qu’un bout de pitaya ou de goyave. Vous vous rappelez, quand on était petit et qu’on faisait des bombes à eau? Ce moment où l’on accrochait un ballon de baudruche au bout du robinet et qu’on le remplissait d’eau, petit à petit, pour voir jusqu’où on pouvait le charger? Eh bien voilà, mon bidon était comme ce ballon de baudruche, complètement saturé. J’ai eu du mal à l’admettre mais j’ai trouvé mes limites!

 

Ce soir-là le marché était particulièrement animé car il y avait le défilé annuel des moines. Des chars colorés et illuminés comme pour Carnaval, de la musique religieuse mais gaie qui résonne dans les rues, des feux d’artifice… C’était vraiment la fête!

 

Un temple dissimulé dans un coin du marché. En fait le marché s’est construit autour du temple! Les portes sont toujours en nombre impair, et plus il y a de portes, puis la divinité est importante.

 

Parce que ce n’est pas seulement un marché de bouffe: on y trouve tout et n’importe quoi, comme ces déguisements pour animaux. J’en ai pris un en forme de poisson rouge pour mon chat 🙂 Bon il ne l’a supporté que 5 minutes mais ça m’avait coûté que 3€! J’y ai trouvé aussi de jolies taies d’oreiller en tissu chinois avec des motifs de pivoine

 

Il y avait aussi des stands de jeu comme à la fête foraine, comme ici où le but est d’attraper un poisson à l’aide d’une épuisette en papier cigarette. Bien entendu, au contact de l’eau, le papier se détériore en quelques secondes, il faut donc être très rapide! Voyant que je me débrouillais comme un manche, le vendeur m’en a donné un. Malheureusement, le lendemain matin, on l’a retrouvé mort dans l’aquarium de Yaling. J’aurai préféré le laisser avec ses petits copains 🙁

 

Et voilà, la soirée se finit en apothéose avec une jolie série de feux d’artifice. Cette fois-ci, nous rentrons à la maison. Plus personne ne parle dans la voiture, assommé par cette débauche alimentaire. Je suis un sumo, je suis une oie, je suis une bombe à eau. Echouée sur la banquette arrière, je somnole à moitié en me félicitant intérieurement d’avoir mis un legging élastique! Je me sens mal et je me sens bien. Qu’est-ce qu’on s’est amusé!

 

 

 

16 Commentaires

  1. whaou quel voyage!
    tu devrais organiser des city-trip culinaire, ca manque sur le marché du tourisme!!
    A+
    Momo

  2. miaaaaaaaam belles photos , descriptions détaillées ..comme si on y etait! en effet j’ai été labas aussi il y a de nombreuses années et ce que j’avais le plus aimé c’est des especes de brik ou crepes fourrées a la glace de fraise ou litchi, caramel dur coupé en tres petits morceaux et feuilles de coriandre fraiches…un mélange étonnant et délicieux !

  3. J’adore l’Asie pour ça : cette fête permanente dès la nuit tombée, cette profusion de nourriture partout … Et en plus il fait « tiède » une fois le soleil couché.

  4. Oh là là quel voyage…. mais surtout quelles tentations – tous ces plats plus attirants les uns que les autres….. (on en mangerait) il faut dire que vos photos et vos descriptions des plats nous donnebnt à chaque fois l’eau à la bouche – il est 13h30 je sors de table mais j’ai l’impression d’avoir le ventre vide en voyant tout cela….Merci beaucoup de nous le faire partager….. à très vite de vous lire….

  5. Tant que tu ne te transformes pas en cochon

  6. Super récit, très drôle et qui donne bien envie de tester quelques spécialités de ces gargotes taïwanaises (les fruits de mer surtout!). Par contre, pour la sucette au boudin, je ne suis pas sûre d’être encore prête…
    Merci en tout cas pour ce voyage !

  7. Oh la! j’ai voyagé la, en te lisant mais pas que…j’ai aussi beaucoup salivé!
    Merci pour ce trip, j’en veux encore!!!……

  8. Il y a enfin quelqu’un qui a réussi à te mettre KO ! Woaw!
    Ceci étant, je pense que je me serais laisser facilement tenter par tous ces fruits de mer! t par cette brochette de boudin aussi!
    Dommage pour la soupe d’anguille et les abats parce que sur le papier, ça sonne bien!

  9. Super lecture, j’ai adoré la découverte et ta conclusion est parfaite, on est avec toi dans la voiture !

  10. J’ai visité Taiwan il y a quelques années … Cela me fait plaisir de voir toutes vos photos qui me replongent dans mes souvenirs. J’espère y repartir un jour. Définitivement l’un de mes pays préférés au monde avec des gens d’une gentiellesse incroyable et une nourriture so Yummy (qui était presque tout le temps végétarienne en ce qui me concerne, du coup j’ai vu et goûté des choses totalement différentes).

  11. Miaaammm, la poitrine de porc marinée et grillée ! Les patates douces frites ! Les takoyakis ! Tous ces fruits de mer ! Il n’est que 9h du matin, mais j’en ai tellement l’eau à la bouche. Tout ça donne envie d’aller visiter Taiwan..Je rêve d’un road-trip dans les pays Asiatiques (ou plutôt..un food-trip, j’avoue).

  12. morte de rire avec tes commentaires, que tu es drôle et pleine d’humour!!!! j’imagine aisément que l’on a envie de goûter à beaucoup de choses mais que l’estomac déclare forfait à un moment précis, en tout cas tu m’a régalée avec tes belles photos et tes explications, j’ai voyagé ce matin grâce à toi!

  13. c’est le genre de truc, j’aurais rien mangé de la journée en prévision !! toutes ces photos de bouffe … ça fait rêver haha !!

  14. Quelle provocation pour moi tous ces fruits de mer !

  15. Votre blog fait parti de mes fétiches pour les recettes. Mais ce road-trip ulinaire si bien documenté a été un vrai bonheur et un émerveillement : merci beaucoup de nous avoir fait partagé ce voyage et ces découvertes culinaires. Ce fut un régal dans tous les sens du terme. Dis … vous n’organisez pas de découverte équivalente sur Paris avec vos bonnes adresses ? Parce que je suis sure que vous auriez pleins de chose à nous faire découvrir, même des aliments que nous n’aurions pas testé au départ

  16. Quel génial reportage Mme La Baudruche!
    Les fruits de mer: interdit car c’est Tantale pour nous pauvres français …

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